Profil

Gilbert Gendre

Gilbert Gendre est un peintre tardif : entendez qu’il s’est mis tard à la peinture (il vient de la sculpture) et que la peinture, même abstraite, apparaît désormais à beaucoup comme une pratique assez exténuée – quand bien même serait-elle inachevable. Cela ne facilite pas la tâche, ni pour passer de la table au tableau ni pour trouver des regards productifs. Ce que fait G. Gendre à la peinture est aussi simple : il applique un dessin sur un fond. Ce dessin, géométrique, exécuté d’un trait gris, sûr, fin, régulier, s’inscrit sur le blanc dont le support est recouvert. Si le recouvrement fait déjà la peinture, le dessin fait là le tableau. On pourra y voir l’histoire d’une grille ou de l’idée d’une grille, toujours recommencée et aussitôt effacée par la variante suivante qui, à son tour, comme on bat les cartes… Légèreté, retenue, récurrence, humour discret, distance, faux système, série lacunaire, anacoluthe, primesaut, précision, netteté, neutralité, point-ligne-plan et retour : l’ordinateur a ôté à ces délicats exercices de non-style tout le fastidieux qui soulève l’admiration pour les prouesses arithmétiques ou artisanales. On ne feuillettera donc ici qu’autant d’esquisses possibles pour autant de tableaux probables, égaux et semblables. Ni plus ni moins : une activité exemplaire, en quelque sorte.

texte « Peinture à la ligne »
dessins de projets (1998 – 1999)
Mamco, musée d’art moderne et contemporain, Genève

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